Facilité relative d’avoir une fille ou un garçon

Dans certaines cultures, la naissance d’un garçon demeure un événement valorisé, tandis que d’autres sociétés affichent une préférence inverse ou une indifférence de façade. Les statistiques mondiales révèlent un léger déséquilibre naturel entre le nombre de garçons et de filles à la naissance, une différence qui suscite depuis longtemps interrogations et spéculations.

Ce que la psychologie du développement met en lumière ? Dès le berceau, la socialisation des enfants se colore selon le genre assigné. Les tempéraments individuels comptent, mais ils s’effacent trop souvent devant les normes et les attentes qui s’infiltrent dans chaque geste, chaque mot. L’identité de genre s’élabore ainsi entre injonctions et contradictions, alors même que les stéréotypes sexués vacillent sous le regard critique d’une société en mouvement.

Genre et sexe : comprendre les différences et les enjeux dès l’enfance

Le sexe de l’enfant se joue dès la première cellule : tout commence avec la rencontre du spermatozoïde et de l’ovule. Si le spermatozoïde apporte un chromosome X, alors ce sera une fille ; s’il s’agit d’un chromosome Y, ce sera un garçon. Ce processus, d’apparence limpide, cache pourtant une réalité bien moins catégorique. Les avancées en génétique du sexe de l’enfant l’attestent : la présence d’une mutation près du gène NSUN6 semble favoriser l’arrivée de filles, tandis qu’une variation autour du gène TSHZ1 se retrouve plus souvent dans les familles où les garçons dominent.

Les facteurs biologiques dépassent la simple partition des chromosomes. Ils prennent en compte, par exemple, l’âge de la mère lors de la première grossesse. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : après 28 ans, la probabilité d’avoir plusieurs enfants du même sexe grimpe à 43 %, contre 34 % pour les jeunes mères de moins de 23 ans. D’autres éléments entrent en lice, comme le pH vaginal, la phase du cycle menstruel ou les propriétés du sperme, même si la science peine encore à mesurer précisément leur impact.

Pour clarifier ces multiples influences, voici ce qui peut jouer dans la balance :

  • Facteurs maternels : âge, génétique, alimentation, environnement vaginal.
  • Facteurs paternels : taille, richesse, agressivité, sans preuve décisive.

La différence entre sexe et genre ne tarde pas à se manifester. Le sexe, ancré dans la biologie, ne circonscrit pas tout : le genre se façonne à travers l’éducation, les règles sociales, les attentes collectives. Dès le plus jeune âge, cette différenciation structure l’identité et alimente des débats psychologiques, sociétaux et culturels qui traversent les époques et les frontières.

Les stéréotypes de genre influencent-ils vraiment la socialisation des filles et des garçons ?

Impossible d’ignorer leur influence. Les stéréotypes de genre s’immiscent dès la grossesse, bien avant la naissance. L’imaginaire collectif s’active : choix des jouets, tons pastel ou vifs dans la garde-robe, encouragements à la prise d’initiative ou à la discrétion… Rien n’est laissé au hasard. Cette différenciation guide la construction de soi et oriente, parfois dès la crèche, les chemins que l’on emprunte.

La préférence de genre se glisse aussi dans les décisions des familles. Lorsqu’un foyer compte déjà deux enfants du même sexe, le désir d’un troisième se fait sentir, dans l’espoir d’obtenir “l’équilibre”. Judith Lok, de l’université de Boston, l’a démontré : ce choix n’est pas anodin, il reflète une dynamique sociale qui influence la composition des familles et alimente certaines idées reçues.

Mais la famille n’a pas l’exclusivité de ces transmissions. Dès la maternelle, l’école relaie ces modèles. Les enseignants, souvent sans s’en rendre compte, adaptent leurs attentes et leurs encouragements. Les garçons sont poussés vers l’action, la compétition ; les filles, vers l’écoute et la douceur. Les méthodes pédagogiques évoluent, certes, mais les stéréotypes résistent, modelant goûts, choix et confiance en soi.

Petit tour d’horizon des pratiques et croyances qui persistent autour de la sélection du sexe :

  • Méthodes de sélection du sexe : la méthode Shettles, la méthode Papa ou la méthode Ericsson sont souvent citées comme moyens de “choisir” le sexe de l’enfant. Si leur utilisation reste marginale en France, elles soulèvent des débats éthiques et ne bénéficient d’aucune validation scientifique solide.
  • Facteurs environnementaux : certains évoquent le pH vaginal, la période du cycle ou des régimes particuliers pour “influencer” l’issue, mais la réalité biologique demeure bien plus complexe.

Pere et fils jouent avec un avion en plein air

Regards croisés sur l’éducation, la société et le développement de l’identité de genre

L’éducation, l’environnement social et la formation de l’identité de genre composent un ensemble d’une grande richesse, loin de toute apparente neutralité. Les études issues des cohortes Nurses’ Health Study II et III, près de 58 000 femmes observées pendant des décennies, révèlent que la répartition garçons-filles dans les fratries ne suit pas l’aléa statistique pur. Siwen Wang, épidémiologiste à Harvard, note que les familles unisexes, composées uniquement de filles ou de garçons, sont plus fréquentes que prévu, ce qui questionne les influences sociales et familiales à l’œuvre.

Les recherches publiées dans Science Advances n’éludent pas la dimension sociale de la préférence de genre. Judith Lok, statisticienne à Boston, observe une logique limpide : quand deux premiers enfants sont du même sexe, les familles ont tendance à poursuivre les naissances pour “compléter” leur tableau familial. Ce constat, déjà formulé au XIXe siècle par Todd Jones et approfondi de nos jours par Marcos Huerta, data scientist en Virginie, illustre la force des représentations collectives autant que celle des chiffres.

Loin de se limiter à la sphère privée, la question de l’identité de genre se joue aussi dans l’espace public : discours scolaires, politiques familiales, attentes éducatives construisent des expériences singulières selon le sexe attribué à la naissance. Derrière chaque trajectoire individuelle résonne l’écho de choix collectifs, de normes mouvantes, de convictions parentales. Les chiffres, loin d’être une abstraction, témoignent de la vitalité et de la transformation progressive des représentations sociales liées au sexe de l’enfant.

À travers ces récits, ces chiffres, ces choix, se dessine une certitude : la naissance d’un enfant, fille ou garçon, ne se résume jamais à un simple tirage au sort. Elle s’inscrit dans une histoire, un contexte, un ensemble d’attentes et de regards qui, génération après génération, continuent de redéfinir la donne.

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